LE PROJECT DU TUNNEL FERROVIAIRE DU MONTGENEVRE


ENSEMBLE, AFFRONTONS UN PROBLEME COMMUN

Nous pensons, en ce qui concerne le TAV-TGV, que les positions des Associations et des mouvements de protection de l’environnement italiens ou français ne sont pas si différentes. Les associations françaises revendiquent : non au tout camion – Oui au ferroutage – Contre le doublement du trafic marchandises dans les Alpes – Non aux transports inutiles – Non au doublement du tunnel du Fréjus.
Les associations italiennes revendiquent : Non aux camions – Non à la grande vitesse – Oui à l’utilisation de la ligne ferroviaire internationale ouverte en 1871 – Oui au contingentement (système de quotas) des camions – Oui à une politique qui favoriserait un transfert immédiat du trafic de la route au chemin de fer – Non aux transports inutiles – Non au doublement du tunnel du Fréjus.
Nous avons en outre entendu dire qu’aucune politique de l’Etat français n’est orientée vers une réduction du trafic sur route mais au contraire (comme en Italie) l’Etat garantit des contributions, des aides fiscales, des aides pour le transport sur pneumatique. Même dans ce cas la situation est identique.
Les positions italiennes et françaises sont quasi communes. La seule différence réside dans l’appellation TAV ou TGV.
Du cộté français, le TAV-TGV est vu comme la solution pour éliminer (ou pour réduire de façon notoire) le trafic des camions à faveur du transport des marchandises sur train. La ligne TAV-TGV sur le territoire français prévoit en grande partie un parcours sous le tunnel et ensuite elle traversera des zones très peu urbanisées et peu habitées. Il semble qu’il n’y ait pas de problème sur la typologie, la qualité ou le danger des matériaux extraits des galeries.
Sur la base des données disponibles en Italie (projet TAV-TGV) seulement 0,8 % des camions sera dévié de l’autoroute et voyagera sur train (c’est-à-dire 30 camions sur 3.200 qui sont passés en Vallée de Suse chaque jour pour l’année 2005). Le tracé de la ligne TAV-TGV, sur le coté italien, est lui aussi en majeure partie en galerie mais pour les tronçons extérieurs il parcourt et coupe une vallée alpine de largeur limitée, où en plus, il existe déjà 2 routes nationales, une autoroute, une ligne ferroviaire, le fleuve Dora Riparia. En outre, les deux futurs tunnels plus importants traversent le Mont Musiné, dans lequel sont présents des gisements d’amiante asbeste et le Massif d’Ambin où est présent le pechblende -uranium. En basse vallée
de Suse vivent 60.000 habitants. En haute vallée de Suse environ 12.000. De plus, il subsiste une forte conflictualité : en premier lieu, de grands projets d’interventions sont prévus (une loi a été faite sur mesure de la part du gouvernement italien qui exclue l’évaluation des retombées sur l’environnement, aussi bien sociales qu’économiques, ainsi que les consultations avec la population vivant sur le territoire) ensuite, dans la liste des grands ouvrages publics italiens (le TAV-TGV, le pont sur le détroit de Messine Calabre-Sicile, le Mose qui est un projet pour lutter contre les inondations à Venise et bien
d’autres puisqu’ils sont près de 230 !!!) il y a également le projet de redoublement du tunnel du Fréjus. La contradiction est évidente : si on veut réduire le trafic des camions pourquoi veut-on redoubler le tunnel de l’autoroute ? Le redoublement est très fortement voulu par le Ministre italien même pour le tunnel du Mont Blanc (puisque la femme et les enfants du ministre des transports italien sont les titulaires de la Société Rocksoil qui a déjà mis son nez et en partie les mains sur le travail).
De nombreux économistes et techniciens italiens se sont exprimés de façon fortement critique envers le projet TAV-TGV et de leurs études et relations il en ressort une situation extrêmement préoccupante. C’est un ouvrage inutile. Les prévisions sur le développent du transport indiquent une tendance à la réduction du trafic (réduction déjà survenue ces dernières années). Il apparaît que l’actuelle ligne ferroviaire internationale (aujourd’hui utilisée à 38 %) serait capable de supporter la future demande globale de transport en absorbant aussi le trafic routier. Il est nuisible à l’environnement. Le projet va contre les principes fixés par la CIPRA (Commission Internationale pour la Protection des Alpes), il prévoit des chantiers qui dureront 20 ans et l’extraction d’une quantité incroyable de matériau auquel on devra trouver une destination. A savoir, ce matériau contient de l’asbeste et de l’uranium.
Il est économiquement insoutenable (comme le tunnel sous la Manche). L’énorme coût de l’opération, la difficulté à recruter des investisseurs privés (qui ne sont pas bêtes), les prospectives de réduction du trafic marchandises et la prochaine ouverture de nouvelles voies de communication (Sempione et Gothard) portent à la conclusion que l’ouvrage ne sera pas rentable et de plus constituera toujours un grave coût pour la société (en soustrayant des ressources pour d’autres ouvrages et services indispensables aujourd’hui, car dépourvus de financements : écoles, santé, recherche et même transport ferroviaire italien qui aujourd’hui fonctionne encore à 60 % à voie unique, et est accusé d’inefficience). Il a été projeté et il veut être réalisé sans écouter l’opinion publique qui vit dans la vallée, et même réalisé contre la volonté des habitants.
La conclusion est que ce sont des chantiers qui veulent être réalisés non pas pour leur utilité effective, mais parce qu’ils déploient des ressources financières économiques de grande importance et portent des bénéfices économiques aux constructeurs, projeteurs, entreprises et à tout le système économique-politique qui tourne autour de ces intérêts (plus ou moins propres, plus ou moins honnêtes, plus ou moins corrompus).
Les habitants de la vallée de Suse ne se reconnaissent pas dans ce faux mythe de la vitesse et ils ont décidé de résister et de s’opposer. De défendre leur vallée. Résister et s’opposer, ça veut dire réagir, de façon pacifique certes, mais avec détermination et avec la certitude d’être du coté de la raison. C’est quelque chose de très beau et d’incroyable de voir les gens qui se mobilisent, qui participent de façon pacifique aux manifestations, qui s’informent et à leur tour informent les autres. Avec les maires des villes et sans les maires. Avec les drapeaux et les pancartes. Avec l’imagination et la créativité en action. Ils prennent des coups de la part de la police mais ils résistent, 100 personnes sont éloignées des terrains où
devront être installés les chantiers mais ils y retournent et ce coup-ci 50.000 !!! (80.000 marcheront entre Bussoleno et Suse. Encore 50.000 à Turin, C’est une vallée entière qui se mobilise : jeunes, personnes âgées, maman avec enfants et grands-parents avec petits-enfants. Ils arrivent même de toute l’Italie (de Rome, de Venise, de Naples, de Sicile, de Trieste etc.) ce sont des personnes, des représentants des associations, qui ne partagent pas le modèle de développement qui est à la base de ces grandes interventions, de la Grande Vitesse, de la société globalisée, des personnes qui vivent dans des vallées et des territoires qui ont des problèmes analogues et qui veulent continuer à vivre dans un environnement non pollué, qui veulent défendre leur territoire, leur nature, leur culture, leur futur et celui de leurs propres enfants.
Il nous semble de voir le combat d’Astérix le gaulois et cette lutte (qui est conduite depuis plus de 15 ans en basse vallée de Suse) est passée ces dernières semaines des pages des journaux locaux, comme La Valsusa et Luna Nuova, aux premières pages de journaux nationaux. Elle fait la une des journaux télévisés, de la télévision nationale. Le mouvement NO TAV (ou mieux encore les dizaines de mouvements NO TAV, l’organisation non organisée et spontanée, sans chef ni leader reconnu, mais avec des objectifs clairs et partagés) a atteint une dimension incroyable au niveau national. Et le Gouvernement italien est obligé à écouter les maires, même si entre écouter et entendre il y a une grande différence…
Ces considérations nous amènent à la conclusion, le problème est un seul, en de ci comme en de ça des montagnes. Les sensibilité sont les mêmes. Il y a certainement des aspects que nous ne connaissons pas ou sur lesquels nous avons des positions légèrement différentes. Nous trouvons les points communs et nous partageons et nous essayons de travailler et de nous informer réciproquement sur les points qui sont ou qui nous semblent être différents.
La lutte peut et doit être unique.



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